Interviews de
Slash

GUNS N ROSES - L'Appétit Retrouvé

 

Après plus de deux ans de reports et de spéculations en tout genres, Guns N' Roses s'est enfin décidé à lever le voile sur cet album de reprises Punk. Plutôt bien acceuilli ici et là, "THE SPAGHETTI INCIDENT ?" sonne aussi l'heure du retour au turbin puisque les Gunners s'attellent déjà à son successeur. Tout à son enthousiasme, Slash a reçu HARD N' HEAVY chez lui pour s'en expliquer.

 

... Les paroles de les titres en disent plus long que ce que nous sommes vraiment que tout ce que nous avons pu composer nous-mêmes ! Et ça, aucun connard de la presse (Tu n'imagines pas à quel point je suis remonté contre elle en ce moment) ne l'a senti. Comme d'habitude, ai-je presque envie d'ajouter ! Une chanson comme "Ain't It Fun" est le parfait résumé du réel état d'esprit GN'R. Si juste et si fort à la fois. Et, pour tout te dire, nous n'avions jamais vraiment réfléchi à ce que nous faisions avant que tout les enfoirés que vous êtes ne veniez nous poser des questions rires) ! C'est d'ailleurs là quelque chose qui commence à nous gonfler furieux: depuis que ce groupe existe, on nous tanne sur nos textes, notre attitude, notre comportement et, sur ce coup, on change notre fusil d'épaule en reprenant des chansons d'autres groupes et voilà qu'on nous serine avec les mêmes plans comme si on avait écrit ces chansons. C'est un truc sans fin ! En plus cet album était pour chacun d'entre nous le meilleur moyen d'avoir quelque chose à nous raccrocher en sortant de la tournée. Dieu sait que je voulais avant tout éviter de retomber dans les conneries de la dernière fois.

 

UNE YOUR DEPRESSION ?

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire une limousine qui vient me chercher à l'aéroport pour me déposer devant un appartement miteux de Sunset Boulevard, où la seule chose à faire était de me bourrer la gueule et de me défoncer comme un malade.Pourtant, c'est parfois dur de savoir que tu ne pourras pas te protéger derrière l'alcool ou la drogue, que tu n'auras pas d'armure quand tu te balladeras dans la rue et que tu te feras accoster par untel ou untel. C'est aussi pourquoi je me réfugie plus qu'avant dans cette maison et dans ce studio.

 

Dans quelles mesures ces deux ans "on the road" ont-ils laissé des traces ?

Cette tournée fut un enfer par sa durée avant tout. Entre-temps, tu te rends compte que, dans notre entourage, neuf enfants sont nés, une douzaine de personnes ont divorcé, douze autres se sont mariés, JE me suis marié ! D'ailleurs, je n'en reviens toujours pas car, s'il y en a bien un que je ne voyais pas la bague au doigt, c'est bien moi (rires) ! Donc, quand je suis rentré à la maison, je me suis immédiatement enfermé dans ce studio. C'était le seul antidote que j'ai pu trouver à ce que j'appelle la depression d'après tournée. Nous avons terminé l'enregistrement de THE SPAGHETTI INCIDENT ? et, dans la foulée, le mixage m'a complètement absorbé. Dès le départ, c'est vrai, cet album était prévu comme une sorte de récréation. Du fait de ce relâchement, j'ai eu le sentiment de bien mieux contrôler l'ensemble. Comme dans le même temps je m'occupais de la construction de ce studio, j'ai bossé comme un fou et écris des titres pour le prochain album, permettant ainsi au groupe de rester uni et de ne pas se disperser dès que l'on aurait posé le pied par terre à l'aéroport. Voilà où nous en sommes et, maintenant, je n'ai qu'une idée en tête: tout faire pour que nous reprenions la route le plus tôt possible ! Le vrai cercle vicieux (rires) !

 

PUNK N' ROLL ATTITUDE ?

Revennons plus directement  à THE SPAGHETTI INCIDENT ?. Que gardes-tu en mémoire de la première fois où tu as écouté du punk-rock ?

Cela remonte à la découverte des Sex Pistols par l'intermédiaire d'une nana avec qui je sortais à l'époque et qui n'écoutait que ça toute la journée. De plus, en vivant à Los Angeles, j'ai pris le british punk de plein fouet. Je devais avoir quelque chose comme treize ou quatorze ans puisque j'étais encore à la Junior High School (NDLR. L'équivalent de nos lycées). C'est à L.A. que tout à démarré, certaines "cliques" s'y intéressant avant même que les groupes ne viennent s'y produire. Cette première explosion était parfaite parce qu'elle avait un sens. Après cela, c'est très vite devenu une mode qui n'a pas tardé à devenir obsolète avant de prendre la forme de toute cette scène metal de poseurs.

 

Et la scène Punk de L.A ?

Ridicule à en pleurer de rire ! Dans le punk, il y avait quelque chose à fouiller, socialement ou plitiquement. En ce sens, ce fut une grande explosion emotionnelle. Ici, à L.A., tu ne trouvais que des groupes comme The Germs qui essayaient uniquement de prendre le wagon en marche et d'y trouver une excuse pour être totalement défoncés. Le seul groupe de cette mouvance qui voulait dire quelque chose, et que nous avons repris sur cet album, c'était Fear.  Justement parce qu'ils filaient un grand coup de pied dans toute cette fourmilière de soi-sisant punks. Tout les groupes ou les musiciens que j'ai aimé en grandissant, y compris Mozart qui était une sorte de punk avant l'âge, défendaient une attitude et cherchaient à se démarquer d'une norme, de ce qui était "acceptable". Leur objectif était de faire leurs trucs, quelque soient les obstacles à surmonter pour se faire entendre. En ce sens, Te Who était un grand groupe punk. Idem pour Gene Vincent et ce en plein milieu de ces foutues années 50 ! Ce que j'appréciais par-dessus tout dans l'idée du punk, c'était que les gens s'exprimaient avec honnêteté et voulaient mettre en avant leur personnalité, leur individualité. Rien à voir avec des épingles à nourrice, une coupe de cheveux et tout ce cirque. La scène punk de L.A. avait de ceci de commun avec la scène metal qui lui a succédé qu'elles n'étaient que des coups. Et tu sais quoi ? Guns N' Roses est le résultat de cette haine que nous inspirait chacun cette scène punk et cette scène metal. Les dernières personnes de L.A. à nous avoir vaguement infuencé, c'était les Doors. Et encore, personnellement, je n'en étais pas un fan fébrile ! En fait, plus je réfléchis, je crois que nous étions les 5 seuls types qui pouvaient monter ce groupe à l'époque. Nous ne collions pas avec l'environnement général. C'est pour ça que nous étions si "éffrontés",  si "impertinents". Nous étions les voyous de service.

 

Les choses ont quelque peu évoluées depuis !

Détrompe-toi ! Bien sûr, nous choquons moins mais l'on attend de nous que nous foutions la merde, même si ce n'est pas notre intention. Quand je dis "fuck" sur MTV, on en fait tout un plat ! La belle affaire ! Le plus beau, c'est que si nous laissons tomber, si nous nous écartons de l'image prévisible ( et presque rassurante pour certains) de "bad boys", on se défoule sur nous tout autant ! De la vraie crétinerie en barre ! Comme si le petit jeu consistait à se jeter sur nous à la première occasion. Après cela, ils viennent parader en parlant de gimmicks alors que gimmicks et Guns N' Roses n'ont jamais rien eu à faire ensembles. 

 

THE MANSON INCIDENT ?

Pourtant, la reprise du "Look At Your Game Girl" de Charles Manson y ressemble fort, non ? (NDLR. Gourou d'une secte aux contours et philosophies plutôt nébuleuses, Charles Manson fut en 1969 le commanditaire de l'assassinat de Sharron Tate, actrice américaine alors épouse du réalisateur Roman Polanski et qui était enceinte au moment du meurtre.)

Absolument pas. D'ailleurs elle est noyée à la fin de l'album.

 

Vous auriez tout aussi bien pu la noyer en évitant de la mettre dans l'album !

Nous n'avons cherché à ce qu'on y prête plus attention que ça. Dans notre esprit, c'était plus une blague du genre " si ils sont assez branques pour rester assis sept secondes après la fin du CD, ils méritent d'entendre ce truc !" Quand cette chanson est venue sur le tapis, Axl ne savait même pas de quoi il était question, pas plus que nous. Elle faisait partie d'un blind-test auquel on se soumettait les uns les autres, par jeu. Stuart, le frangin d'Axl, venait de dénicher une cassette de 14 titres de Manson. Parmis cela, "Look At Your Game Girl" était celui qui a fait percuter Axl à cause des emmerdes qu'il a actuellement avec son ex- petite amie. Quand il a découvert de qui il s'agissait, cela n'a fait que rajouter une tonalité encore plus sombre à son interprétation.

 

Le hic est que cet album semble axé autour de gens qui furent importants pour vous. On en déduit donc que Charles Manson faisait partie du lot !

Arrêtons de dire n'importe quoi ! C'est par définition tout ce qu'on exècre dans le trip Hollywood ! Il représente l'antithèse de la fin des années 60, un point c'est tout. Subitement, les gens se sont réveillés et ont réalisé que tout le trip "On est tous des frères" était du vent et que le monde n'était pas près de changer plus que ça. En fait, il fut le parfait psychotique pour cette période. La seule chose dont je me rappelle de lui, c'est comment il était perçu avec effroi par mes parents. Je n'avais que quatre ou cinq ans, mais je me souviens encore de ces visages graves dans le cercle de leurs connaissances qui évoluaient tous dans cette mouvance hippy du music business de Hollywood.

 

"Since I Don't Have You", la reprise des Skyliners, est à des années-lumière du punk-rock. Pourquoi l'avoir intégré à THE SPAGHETTI INCIDENT ? ?

J'ai entendu Axl la chanter une fois, il y a très longtemps, peut-être avant que Guns n'existe. Tout ce qu'Axl chante naturellement pour le plaisir, sonne incroyablement bien. Il la chantait souvent dans l'avions quand nous étions en tournée et j'ai commencé à la jouer pour en faire l'intro' de "Sweet Child O' Mine". Puis, un jour où nous étions à Boston, nous avons loué un studio minuscule pour l'enregistrer. Les propriétaires du studio ne croyaient pas que c'était nous ! On a loué du matos sur place et mis en boîte.

 

NOW FUTURE: LE NOUVEL ALBUM !

THE SPAGHETTI INCIDENT ? appartient presque déjà au passé car c'est sur le prochain album que se portent la plupart des attentes et des intérrogations. Sera-t-il intégralement composé de nouvelles chansons où verra-t-on apparaître des "chutes" de Use Your Illusion ?

Rien que du neuf puisqu'avec USY nous avons "réglé notre ardoise" (rires) ! Tout ce qu'avait composé Izzy par exemple fut utilisé parce que nous savions déjà à l'époque qu'il était sur le départ et qu'il avait perdu la foi dans ce qu'il faisait. Je ne veux pas m'étendre sur ses décisions et ses désillusions quand au music business en général et les efforts nécessaires pour maintenir à flot un groupe comme nous, même si le mot "désillusion" me fait un peu sourrire ! L'idée de Use... était de faire table rase du passé et donc d'ajouter aux titres sur lesquels nous bossions à l'époque ceux qu'il avait en stock, ainsi que d'autres que nous avions en tête avant même l'existence du groupe. Aujourd'hui, GN'R repart à zéro en quelque sorte. Je pense d'ailleurs très important de ne plus avoir à se retourner sur son passé. Tous les titres seont donc neufs, comme notre état d'esprit. Nous voulons en effet laisser faire les choses, ne plus trop réfléchir et nous angoisser à savoir si ce que nous faisons en ce moment représente ou pas ce que nous avons fait de mieux dans notre carrière. On verra bien ce qui se passera et je suis plutôt confiant.

 

Avez-vous écrit pendant la tournée ou seulement une fois cette tournée achevée et digérée ?

Un peu des deux à la fois. Pour ce qui me concerne, je n'ai commencé à composer qu'après coup. Les gars sont passés ici, dans mon studio, une fois ou deux pour les premières démos, avant qu'Axl ne peaufine les arrangements vocaux dans le studio d'enregistrement directement. Pour l'instant, tout ce que nous sortons est étonnamment brut, très spontané, et avec pas mal de groove. J'espère que l'on pourra s'en tenir à ces premières impressions. Je viens juste de finir deux compositions de Dizzy (Reed) que nous avions commencé pendant la tournée. Tu lui poseras la question, je crois qu'il s'en souvient encore ! On avait pris l'habitude de faire le siège de sa chambre d' hôtel et de se bourrer la gueule toute la nuit en prenant un malin plaisir à mettre toutes les consommations sur sa note de mini-bar (rires) !

 

Tu disais tout à l'heure à demi-mot, "Use Your Illusion" fut un enfer à mener à bien, le groupe donnant l'impression qu'il allait se "carboniser" avant que le(s) album(s) ne sortent. On imagine que vous n'avez pas envie de consacrer autant de temps à l'enregistrement du petit nouveau ...

C'est clair. L'objectif est d'éviter au maximum les merdes et les distractions de la dernière fois, c'est à dire mener à bien entre huit et douze titres et les enregistrer le plus simplement et le plus rapidement possible. Si tout se passe comme nous l'espérons, la préproduction commencée en février devrait être achevée courant avril. L'idéal serait de pouvoir sortir l'album en juillet.

 

Pour conclure, une interrogation existentielle à laquelle tu ne pouvais pas échapper ! Dans les faits, quelle est la vraie explication de ce fameux "incident spaghetti" ?

(Rires). C'est un truc qui fut mentionné lors du procès avec Steven mais je ne tiens pas à en dire davantage. Pas qu'il y ait là un quelconque secret ou je ne sais quel épisode inavouable mais nous nous fendons tellement la gueule avec toutes les lettres que nous pouvons recevoir où chacun nous fait part de ses propres "soupçons" sur la question. On a lu des trucs complètement dingues et parfois si pervers que ça te fait réfléchir ! J'ai même vu un papier dans People Magazine où il était écrit noir sur blanc et que je l'avais, hum, "bourrée" de spaghettis en public dans un club de New York ! Tu imagines le tableau et le temps qu'il faudrait pour y arriver (rires) !

 

                                                                                               -Sylvie SIMMONS-

 

 

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